
Cheikh Al-Islam Ibn Taymiya رحمه الله a dit :
« Un des principes établis chez les gens de la Sunna est que la religion et la croyance sont à la foi parole et acte, c’est-à-dire parole du coeur et de la langue et acte du coeur, de la langue et des membres. Ils considèrent également que la foi augmente grâce à l’obéissance et diminue à cause de la désobéissance. Cependant, ils n’excommunient pas les gens de la Qibla (les musulmans) à cause d’une quelconque désobéissance ou péché capital, comme le font les khârijites. Au contraire, la fraternité religieuse demeure en dépit des péchés, comme a dit le Très Haut dans le verset du talion :
« Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire Face à une requête convenable… » (S2.V178.)
Il affirma également :
« Et si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les. Si l’un d’eux se rebelle contre l’autre, Combattez le groupe qui se rebelle, jusqu’à ce qu’il se conforme à l’ordre d’Allah. Puis, s’il s’y conforme, réconciliez-les avec justice et soyez équitables car Allah aime les équitables. * Les croyants ne sont que des frères. Établissez la concorde entre vos frères » (S49.V9 – 10.)
Le Coran et la Sunna indiquent ce que le cheikh a soutenu et les Prédécesseurs de la communauté (salaf) sont unanimes à ce sujet.
En effet, ô combien de versets coraniques et de Hadiths prophétiques ont employé le terme « foi » pour désigner de nombreux actes et paroles ?
La foi absolue englobe toute la religion dans tous ses aspects, apparents ou cachés et ses fondements et ramifications. Elle englobe également les points doctrinaux auxquels il faut croire, dans tous leurs détails, et que ce livre contient. Elle englobe également les actes du coeur, comme l’amour d’Allah et de Son messager.
La différence qui existe entre les paroles du coeur et ses actes réside dans le fait que les paroles sont les points doctrinaux que le coeur acquiesce, alors que les actes du cœur sont les mouvements qu’il accomplit et qui sont aimés d’Allah et de Son messager. La règle qui détermine cela est l’amour du bien et la volonté de le faire, ainsi que l’aversion pour le mal et la ferme résolution à le délaisser.
De ces actes du coeur, découlent ceux des membres. En effet, la prière, le jeûne, la Zakat, le pèlerinage et le djihad font partie de la foi, de même que la piété filiale, le respect des liens de parenté, l’acquittement des droits d’Allah et des différents droits de Ses créatures. Il en est ainsi des paroles ; la récitation du Coran, l’évocation d’Allah, Ses éloges, l’exhortation, la bienveillance envers Ses esclaves, acquérir des savoirs utiles, tout cela entre dans le cadre de la foi. Ainsi donc, dans la mesure où la foi désigne tout cela, il en résulte qu’elle augmente et diminue, comme cela est explicite dans les textes du Coran et de la Sunna, et comme cela est manifeste et constaté dans les différences qui existent entre les musulmans au niveau de leur foi et des actes de leurs coeurs et de leurs membres. La variation de la foi se manifeste également par le fait qu’elle classe les croyants en trois groupes :
Ceux qui surpassent les autres par leurs bonnes actions : il s’agit de ceux qui s’acquittent des obligations et des actes facultatifs (mustahabb) et qui abandonnent les interdits et les actes détestés (makrûh). Ces gens-là sont les proches d’Allah (muqarrabûn).
Les modérés : il s’agit de ceux qui s’acquittent des obligations et abandonnent les interdits.
Ceux qui se font du tort à eux-mêmes : il s’agit des gens qui ont osé commettre certains interdits et qui négligent certaines obligations, tout en gardant un embryon de foi. C’est là une des plus grandes preuves que la foi augmente et diminue.
La différence entre ces trois catégories de croyants est ô combien grande.
Parmi les autres preuves de l’accroissement et de la diminution de la foi, il y a le fait que les croyants soient différents dans leurs connaissances de la foi et de ce qu’elle contient.
Il y a, en effet, ceux qui ont pu obtenir de nombreux détails et ont pu avoir connaissance de nombreux points doctrinaux, ce qui a fait grandir leur foi et parfaire leur certitude.
D’autres occupent différents degrés moins importants…
Jusqu’à trouver des croyants qui ont une foi globale, mais qui n’ont pas eu accès à une connaissance détaillée de la foi et, en dépit de cela, ce sont des croyants !
La différence entre ces catégories de croyants est bien connue. De même, ce qui prouve cet accroissement et cette diminution, c’est le fait que les croyants soient très différents dans les actes du cœur et des membres et dans le nombre des bonnes oeuvres. Et ceci est constatable.
Une autre preuve est qu’il y a des croyants dont la foi n’a pas été entachée par les actes de désobéissance et, lorsqu’il leur arrive d’en commettre, ils se hâtent de se repentir et de revenir vers Allah.
En revanche, il y a d’autres croyants qui osent commettre de nombreux péchés. Il est clair qu’ils sont différents.
Un autre élément attestant de l’accroissement et de la diminution de la foi est que certains croyants ressentent la saveur de la foi qu’ils ont goûtée, ils trouvent agréables les actes d’obéissance, leurs coeurs se sont imprégnés de foi.
D’autres, en revanche, ne sont pas parvenus à ce niveau. Et c’est pour cela que l’auteur a dit :
« Les gens de la Sunna ne destituent pas entièrement le déviant de confession musulmane du titre de « croyant » et ils ne soutiennent pas qu’il périra éternellement dans le feu, comme le disent les mutazilites. Bien au contraire, lorsque le terme désignant la croyance est énoncé le déviant est inclus. Tel est le cas dans le verset où Allah dit :
« … Qu’il affranchisse alors un esclave croyant… » (S4.V92.)
Et Il est probable qu’il ne soit pas inclus dans le terme désignant la croyance absolue (al-îmân al-mutlaq), comme dans le verset où Allah dit :
« Les vrais croyants sont ceux dont les coeurs frémissent quand on mentionne Allah…. » (S8.V2.)
Ainsi que dans ce hadith : « Celui qui commet l’adultère ne le fait pas en étant croyant. Celui qui vole ne le fait pas en étant croyant. Celui qui boit du vin ne le fait pas en étant croyant Celui qui spolie un bien de valeur qui attire les regards, ne le fait pas en étant croyant »(1)
Nous disons donc que c’est un croyant dont la foi est défaillante ou qu’il est croyant grâce à sa foi et pervers à cause de son péché capital. On ne lui attribue donc pas le terme absolu (al-ism al-mutlaq) de même qu’on ne le destitue pas du terme quelconque (mutlaq al-ism)».
Ceci est l’authentique croyance des pieux Prédécesseurs par laquelle ils se différencient des kharijites déviants qui destituent les pêcheurs du titre de la foi et les considèrent éternellement voués à l’enfer (2). Cette croyance se distingue également des mutazilites qui sont en accord avec les khârijites dans le fond, mais diffère dans la formulation.
Quant au Coran et à la Sunna, ils démontrent, par diverses voies, que l’homme est susceptible de receler en lui du bien et du mal, de la foi et des caractéristiques d’incroyance et d’hypocrisie, qui ne l’excluent pas complètement de la foi. Les textes démontrent également que la foi absolue (al-iman al-mutlaq), ne désigne que la foi complète et louée, à l’instar de celle qui est mentionnée dans le verset suivant:
« Les vrais croyants sont ceux dont les coeurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela accroit leur foi. Et ils s’en remettent à leur Seigneur. Ceux qui accomplissent la Salat et qui dépensent (dans le sentier d’Allah] une partie de ce que Nous leur avons attribué. » (S8.V2- 3)
En revanche, il est attesté dans le Livre et la Sunna que la foi quelconque (mutlaq al-îman) -qui inclut la foi complète et incomplète- est employée au sujet des croyants pêcheurs. Les pieux Prédécesseurs et les imams de la communauté sont unanimes à ce sujet.
Le Très Haut a dit :
« … Qu’il affranchisse alors un esclave croyant… »
Or on sait bien que tout esclave croyant est concerné par ce texte. Il en est ainsi de Sa parole : « Réconciliez donc vos frères ! ».
Il les a donc appelés frères après leur confrontation armée. On peut également dire pour clarifier cette question, que la foi complimentée qui est citée dans un contexte élogieux en faveur de ceux qui la possèdent ne concerne que la foi complète.
Alors que la foi au sujet de laquelle on dit du détenteur qu’il fait partie des croyants, celle-ci englobe la foi complète et incomplète.
On dit également : la foi qui empêche d’oser commettre la fornication, de boire du vin, de voler et autres péchés est une foi complète.
En revanche, la foi qui n’empêche pas cela est une foi incomplète. C’est là l’explication du hadith cité par l’auteur : « Celui qui commet l’adultère … ».
On dit aussi que la foi qui empêche l’entrée en enfer est une foi complète, alors que la foi qui empêche seulement de s’éterniser en enfer est une foi incomplète.
Les hadiths indiquant que toute personne ayant dans le coeur un grain de moutarde de foi sortira de l’enfer sont d’ailleurs abondants (3).
On dit aussi que les statuts concernant les fondements de l’islam et ses ramifications dépendent de leurs causes et de leurs raisons justifiantes (‘ilal). Ainsi, lorsqu’une personne réunit des causes contradictoires, chaque cause produira son effet. Les actes d’obéissance sont donc la cause de l’entrée au paradis et de la récompense, alors que les péchés sont la cause de l’entrée au feu et du châtiment.
Attribue donc à chaque cause ce qu’elle implique. Cependant, dans la mesure où la miséricorde d’Allah a précédée Sa colère (4), et que Ses faveurs -nombreuses et variées- submergent les serviteurs, Allah a fait en sorte que la particule de foi la plus infime ait un effet durable qui éradique ce qui lui est opposé. Ainsi, La destination final et éternelle de tous ceux qui possèdent une part de foi sera le pays du plaisir.